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La Balise

Un pôle d’éducation artistique et culturelle

L’École supérieure d’art de Clermont Métropole a mis en place depuis 2013 des actions d’éducation artistique et culturelle dans plusieurs quartiers prioritaires de Clermont-Ferrand.

De la Gauthière à Saint-Jacques, en passant par Croix-de-Neyrat, l’ÉSACM inscrit son travail au cœur des enjeux de la rénovation et des bouleversements urbains. Avec le projet « Les enfants, auteurs de leur ville », initié en 2015, le choix a été fait de s’adresser d’abord aux enfants en tentant de leur donner des outils pour élaborer un regard et réfléchir à leur place dans la ville. L’école propose des ateliers d’arts plastiques, libres, gratuits et nomades qui ont permis de mettre au jour des questions grâce aux travaux produits par les enfants. Avec les outils de l’art, l’image, le son, le texte, le volume, le dessin, la performance, la marche, etc., les enfants ont réfléchi, imaginé, décrit, critiqué, mis en partage leurs manières de voir la ville d’aujourd’hui et de demain et plus singulièrement, leur quartier. Être acteurs de la Cité fait d'eux, littéralement, des citoyens qui ont les moyens d’exprimer leur regard et leur imaginaire.

Depuis 2015, l’école a choisi de travailler plus particulièrement dans le quartier Saint-Jacques dont elle est voisine. Avant même que la déconstruction des barres d’habitation la Muraille de Chine et l’Allée des Dômes ne soit décidée, l’idée de faire de l’école un « passeur » entre ce quartier et le centre-ville participait déjà de l’écriture du projet. Cette décision n’a fait que renforcer la nécessité de trouver des outils, des lieux, des partenaires et des moyens pour accompagner cette transformation.

Un appartement comme lieu d’ancrage

L’école a pris le temps de se faire connaître et de se faire accepter en s’installant, en juillet 2016, dans un appartement de la Muraille mis à sa disposition par le bailleur social Assemblia, (anciennement Logidôme). Situé au septième étage, ses fenêtres donnant sur chaque face de la Muraille, cet appartement « traversant » permet d’avoir une vue sur la ville et sur le quartier. Nommé La Balise, cet espace est le point à partir duquel, l’école d’art travaille, avec les habitant.e.s et d’autres structures du quartier, à une réflexion et une action sur l’histoire de la barre d’habitation, le quartier Saint-Jacques et la ville. C’est à la fois un espace de réflexion, d’ateliers et un lieu d’échanges.

Les habitant.e.s s’y rencontrent pour partager un moment autour d’une proposition d’atelier ou d’un repas. Il offre un point de vue sur le centre-ville à celles et ceux qui habitent de l’autre côté de la Muraille.

Les enseignant.e.s et les étudiant.e.s de l’ÉSACM viennent y développer des projets in situ. C’est aussi un lieu dans lequel l’école invite des intervenant.e.s extérieur.e.s et des partenaires pour engager une réflexion commune et élaborer des projets en lien avec la transformation du quartier.

Affiche


Projets d'artistes

Depuis la loi du 1er août 2003 et la création de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru) s’est développée une politique de démolition très systématique des grands ensembles, ces immeubles d’habitat social construits dans les années 1960-1970. Les raisons de cette politique reposent principalement sur la déconcentration de quartiers HLM (habitations à loyers modérés) et la mixité sociale.

Ces projets de renouvellement urbain intègrent depuis une vingtaine d’années à leur protocole d’accompagnement, un travail mémoriel sur le vécu des habitant.e.s concerné.e.s.

Suite à l’annonce de la déconstruction de la Muraille de Chine en 2016, La Balise s’est rapidement interrogée sur les enjeux de cette mise en mémoire et de la place accordée aux habitant.e.s dans ce processus. L’impact de la disparition d’un tel lieu de vie sur les locataires est conséquent, et les différentes étapes comprenant l’annonce de la démolition et l’attente liée au relogement progressif jusqu’à la veille du chantier, représentent une épreuve sur le long terme (2016 - 2022).

Inviter des personnes n'habitant pas le quartier à porter un regard et travailler à partir de cette situation de changement peut être pris comme une intrusion dans la vie des personnes qui vivent pleinement cette mutation. Comment créer un dialogue avec celles et ceux qui sont touché.e.s en premier lieu par cette déconstruction et comment les intégrer dans des processus créatifs dont ils.elles représentent le point de départ ?

L’ensemble de ces questionnements participe à la réflexion sur la mise en mémoire de l’habité*, qui vient paradoxalement valoriser un patrimoine et un vécu voués à disparaître.

Depuis maintenant quatre ans, des artistes ont pris part à ce récit pluriel. À travers des formes diverses et des temps de travail spécifiques, un nouveau paysage mémoriel se crée autour de la Muraille de Chine. L’enjeu est de produire, au contact des lieux et des habitant.e.s des manières de faire trace, de provoquer des situations de partage et d’échange, et de développer, ensemble, des points de vue sur la disparition du bâtiment.

C’est avec cet engagement que La Balise, depuis l’appartement qu’elle occupe et grâce aux différentes actions menées au long court, permet d’établir entre les habitant.e.s et les artistes un lien de confiance. L’intention dans ces rencontres n’est pas de générer une mémoire collective de la Muraille de Chine, mais de traduire et transmettre des mémoires individuelles, des mémoires supplétives - qui viennent en supplément - d’une histoire partagée autour de cette déconstruction.

(*) Michel Peroni « Démolition et mise en mémoire », Le Sociographe, 2013/4, n°44 p.21-28